lundi 29 octobre 2012

2e festival, 2e Prix !

La nouvelle est tombée ce matin, Lapse remporte le prix du meilleure montage, à la première édition du London City Film Festival. Je suis ravi que le travail d'Audrey Simonaud soit récompensé, elle l'a bien mérité.
Retour sur un festival assez... surprenant.

Vendredi 16 octobre 2012

Mon Eurostar est à 17h43. J'arrive à la Gare du Nord vers 16h, à la faveur d'une réunion écourtée. Je retire mes billets et m'aperçois que je n'ai pas mon passeport sur moi. "Qu'à cela ne tienne" m’apostrophe une petite voix intérieure, "tu as ta carte d'identité.
Certes, certes. Seulement voilà, la carte en question est périmée depuis maintenant 6 mois. Or, j'ai un passeport tout neuf à la maison. Je décide de rentrer le chercher chez moi.
J'arrive vers 16h30, retourne tout l'appartement et ne retrouve pas mon passeport. Il est 16h45, je dois repartir si je veux être à l'heure pour l'embarquement. L'Eurostar, c'est pas le Paris-Charleville Mézières. Faut passer les douanes, les portiques de sécurité, arriver 1/2h en avance, ça rigole pas.
C'est donc à la fois énervé et anxieux de mon passage aux Douanes que je déboule au pas de course à la Gare du Nord, à 17h15.



Aux douanes françaises, on me dit qu'ils veulent bien me laisser passer, mais ils sont persuadés que les anglais ne seront pas aussi cléments.
Goddamit !
Vais-je échouer aussi près du but ?
Le douanier anglais regarde ma carte, examine la date, m'informe qu'elle est périmée.
RULE NUMBER ONE : obtempérer : Je baragouine que je suis au courant, que j'ai un passeport tout neuf et tout, mais impossible de remettre la main dessus.
Il me demande la raison de mon voyage.
Je lui explique que je vais défendre mon film qui est sélectionné dans un festival de court-métrages, à Londres. Il me regarde avec des yeux ronds, qui semblent dire :
- "c'est le pipeau le plus original qu'on m'ait fait cette semaine. Good one mate."
Il discute avec sa collègue, elle marmonne un truc, ça commence à pas sentir bon pour moi.
Il me dit qu'il va me laisser passer mais qu'il faut impérativement que je fasse refaire ma carte dans les plus brefs délais.
RULE NUMBER TWO : rester courtois : Je remercie, promets de la faire refaire très vite et me confonds en excuses.
10 minutes plus tard, je m'asseyais dans l'Eurostar.
Le trajet passe rapidement, et me voilà arrivé à Saint Pancras. Ça fait tellement longtemps que j'étais pas venu à Londres, que j'avais jamais mis les pieds à Saint Pancras. A l'époque, la gare internationale était Waterloo.
Je retrouve mon cousin, que j'ai pas revu depuis un bail, et qui m'a gentiment proposé de m'héberger.



La soirée se passe super bien, malgré le froid et la petite pluie qui tombe en continu.

Le lendemain matin, nous partons pour le Genesis Theater a Whitechapel, où le festival a lieu. Première mauvaise surprise, tout un tas de lignes de métro sont fermées pour travaux. On fait donc des détours et arrivons à 10h30 (heure théorique du début de la projection) alors que nous avions prévu d'arriver à 10h.
Y'a un peu de monde, mais rien n'a encore commencé. Les problèmes de métro semblent avoir retardé une majorité de participants. On nous informa finalement que la projection va avoir lieu, avec une petite quarantaine de minutes de retard sur l'horaire initialement prévu.
C'est le maximum qu'ils peuvent s'autoriser. Une projection de "Skyfall" est prévue en début d'après midi et, comme nous le dit notre hôtesse, "On ne peut faire attendre James".



Nous entrons dans une salle plutôt grande et atypique. 2 étages, un balcon, des décorations ondulées, et une distance assez importante entre l'écran et le premier rang.

A l'écran, une mire est projetée. L'image est un peu de traviole, et on entend une sale "ronflette", typique du grésillement produit par une prise électrique défectueuse, ou ce genre de trucs.

Après une brève présentation et une salve d'applaudissements, la projection démarre.

Et là, c'est le drame.

L'image est moche. Elle est comme coupée en deux, avec la moitié inférieure en retard de quelques frames sur la moitié supérieure. Ça donne un étrange effet de rolling shutter typique des vidéos tournées avec un téléphone portable.
Mais ce n'est pas le pire.

Non.
Le pire, c'est que le son du premier court-métrage qui nous est projeté, arrive à peu près deux bonnes secondes avant l'image.
"Please, wait !" entend t-on dans la salle alors que le visage de la comédienne est figé à l'écran.
Et deux secondes plus tard, sa bouche mime ce qu'on vient d'entendre.
En un mot comme en cent, c'est insupportable.
Ça gâche complètement le visionnage, il devient très difficile d'entrer dans l'histoire.
Sur le coup, on se dit que le bug va être rapidement réglé.
Mais rien ne se passe. Le film continue à se dérouler de travers, sans aucune intervention extérieure. Comme si nous étions les seuls à remarquer ce qu'il se passe d'anormal.
Puis on se dit que le bug ne doit toucher qu'un seul film. Qu'ils l'ont reçu comme ça. Et que ça se passera bien pour les films suivants.
Ah ben juustement, voilà le film suivant qui démarre...
"CAMARILLA PRODUCTIONS ET TRACTOFILM PRESENTENT"... ouille, j'ai déjà vu ça quelque part...
Dès les premiers instants surviennent les premiers décalages entre la voix d'Hubert Saint Macary et les sous-titres. Je comprends immédiatement que mon film va subir le même sort. Vincent Londez quitte la salle immédiatement. Je reste encore, quelques poignées de secondes, pour appréhender l'ampleur du naufrage. On entend l'impact d'un accident sans même le voir. Hubert est devenu muet mais sa bouche bouge quand même. Vincent est aphone. L'image est coupée en deux.
Ça fait beaucoup. Je ramasse mes affaires et sors moi aussi. Je retrouve dans le hall Vincent Londez en conversation avec des membres du staff.
Ce qu'il m'apprend est encore pire que ce que je croyais. Les organisateurs savaient que c'était buggé. et ils ont quand même lancé la projection. Ils sont partis à la guerre avec des pistolets à eau, écartant les bras et ouvrant les mains pour une crucifixion annoncée.
Le plus difficile à comprendre dans cette histoire c'est deux choses :
1 - Pourquoi n'ont ils pas prévu de plan de secours ?
2 - Pourquoi n'ont il pas effectué leurs tests la veille ou l'avant veille afin d'être en mesure d'activer le plan de secours en question ?

Un plan B, c'est pas sorcier. Il suffisait d'un ordinateur avec tous les fichiers video dessus, un câble HDMI et VLC ou Quicktime Player pour lire le tout. La qualité aurait été inférieure à celle d'un DCP, mais au moins, les films auraient pu être projetés dans des conditions à peu près décentes.

Complètement désœuvrés, les organisateurs nous ont alors demandé ce qu'on voulait qu'ils fassent. On leur a demandé d'arrêter la projection. Par respect pour le public (dont une partie avait payé leurs billets - qu'ils se sont fait rembourser par la suite), et par respect pour toutes les personnes qui avaient travaillé à la qualité des films projetés.

Ils ont donc arrêté le film aux 3/4. Du coup, j'ai été régulièrement interpellé par des personnes qui, pour une raison qui m'échappe au vu des conditions de projection, étaient tellement rentrés dans le film qu'ils voulaient ABSOLUMENT en connaitre la fin !
J'en ai presque regretté d'avoir demandé à interrompre la projection...

Nous avons ensuite croisé le responsable technique de la projection. "LE" responsable.
Il m'a expliqué avoir galéré 3 jours et 3 nuits ("lol") à sortir un fichier DCP global, qui comprenait tous les films projetés. Sauf que certains films étaient en 24 images par secondes, d'autres en 25. Certains en 16:9, d'autres en 2:35...
Et que l'harmonisation des formats a été une vraie galère. Et que le problème d'image venait du câble SDI chépakoi, etc...
Je n'avais qu'une envie, c'était de partir de là. Je ne lui ai donc pas posé davantage de questions.

Au final, je trouve assez incompréhensible qu'un festival se donne autant de mal pour organiser un évènement international, s'inscrire sur withoutabox, louer un cinéma, faire venir des photographes, convier la presse, mettre en place un site web pas trop moche pour présenter une projection à ce point désastreuse.

Nous sommes repartis dans le froid, la pluie et les cohues des festivités du dernier week end avant Halloween.



Le lendemain, je recevais un email m'apprenant que les "vainqueurs" seraient annoncés sur le site du festival, dès lundi. Etrange impression que de récompenser des films que personne n'aura vu, en dehors du jury. Ce matin, donc, nous apprenions que Lapse avait remporté le prix du meilleur montage. Une bonne nouvelle qui clôture un week end assez... particulier.







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